- Photo : Richard Coudrais
On s’était donné rendez-vous dans un pub du centre-ville. L’ultime espoir d’un maintien valait bien de se serrer les coudes postés face à l’écran, même en sachant qu’une victoire ne ferait que maintenir ce faible espoir vingt-quatre heures à peine, en attendant le résultat d’Auxerre face à Nice.
Une équipe en lambeaux
En cette avant-dernière journée de championnat, le FC Nantes, avant-dernier du classement, se déplace à Lens, qui a talonné l’intouchable PSG durant toute la saison. Le combat semble inégal, perdu d’avance, mais la réalité du terrain rééquilibre les débats. L’équipe nordiste compte en effet de nombreux absents et non des moindres.
Dans le pub, l’ambiance n’est pas aux effusions. La victoire contre l’OM a donné du baume au coeur mais les gens de Nantes ne croient plus au maintien. Le souhaitent-ils vraiment d’ailleurs ? Puisque les dirigeants n’ont pas remis leur gestion en cause après nos précédentes saisons terminées sur le fil, est-ce qu’une relégation ne remuerait pas enfin les consciences ?
Difficile d’y croire. Le président s’est livré à une interview désespérante où il se dédouane de toute responsabilité et se félicite d’avoir viré ses entraineurs et son recruteur. C’est une équipe en lambeaux qui joue sa survie à Félix-Bollaert, privé de surcroit de son entraîneur éloigné du bord du terrain pour cause de suspension.
La première mi-temps est plutôt équilibrée. Les locaux, du fait de leurs nombreuses absences, sont un peu moins flamboyants qu’habituellement. Les visiteurs, boustés par leur prestation contre l’OM, se défendent un peu mieux que d’habitude. On discute de cette horrible tenue vert bleu ciel si peu canarie (la même finalement qu’a adoptée l’équipe de France), mais aussi de l’étonnante titularisation de Uros Radakovic, la recrue serbe tant décriée et plus ou moins écartée depuis le début de la saison (cinquième match seulement).
La Var vue du bar
Pour le spectateur neutre, la rencontre est probablement insipide. Pour les Nantais, elle suscite un intérêt certain, car leurs protégés semblent capable d’arracher un résultat. En deuxième période, la pression lensoise se fait un peu sentir. Radakovic, en manque de compétition, ressent des douleurs et doit céder sa place au jeune Ali Yousuf.
Alors que l’on entre déjà dans les vingt dernières minutes, les Nantais encaissent un premier but que la VAR annule. Quelques secondes plus tard, après une erreur du jeune Yousuf, les Lensois marquent à nouveau. Alors que Bollaert s’enflamme, l’arbitre s’en va consulter la vidéo et revient sur le terrain en décrétant que le but est annulé.
Manifestement, la VAR est du côté des Jaunes. Il y a des signes qui ne trompent pas, entend-t-on près du bar. En ces temps incertains, les supporters se raccrochent à ce qu’ils peuvent. Ils se raccrochent également à la qualité de leur équipe, qui fait mieux que se défendre. Ils se sentent alors gonflés par un espoir fou lorsque deux Nantais se présentent face au gardien lensois.
Abline n’a plus qu’à donner le ballon à Ganago… mais l’attaquant nantais choisit de tenter le tir. Son ballon est repoussé par le poteau. Une vive colère s’empare de l’assemblée, conspuant l’attaquant trop individualiste, trop perso, mais donne ta balle p***, on aurait dû le vendre, etc.
Le buteur sans nom
Pendant ce temps, Lens effectue des changements. L’entraineur a dû creuser jusque dans les équipes de jeunes pour composer son banc. On voit même un jeune joueur, le numéro 41, dont le nom n’est même pas floqué sur les épaules. Onze secondes plus tard, ce joueur sans nom, un gamin, première apparition chez les pros, trompe Anthony Lopes d’une belle frappe du gauche.
Nous sommes a dix minutes de la fin. Nantes peut bien remplacer toute son attaque pour tenter d’inverser son destin, Anthony Lopes peut monter sur les corners, et même tenter un tir en retourné, on sait que les Canaris ont perdu. Les Lensois concluront le match par un nouveau but, une nouvelle fois refusé par la VAR.
Le coup de sifflet final de l’arbitre entérine pour de bon la relégation du FC Nantes. La déception est là, diffuse mais pas franchement douloureuse, tant le verdict était attendu. Presque un soulagement, finalement, après une saison de souffrance. On prend un dernier verre pour évoquer l’avenir. On n’y croit pas. La météo annonce une journée de pluie pour demain.
3 Commentaires
effectivement dans le parcage aussi , le sentiment était presque au soulagement qu enfin la saison donne son verdict comme vous avez bien dit à la fin de votre article . Un peu de colère a été générée avec des insultes et des doigts levés aux joueurs qui osaient nous regarder mais finalement ce fut bien peu par rapport aux conséquences qu engendre une relégation , mais attention sur le match de Toulouse , il pourrait être très revendicatif
Il a fallu attendre l’avant-dernière journée de championnat pour voir nos derniers et secrets espoirs de pouvoir jouer les barrages, s’envoler définitivement (*). Enfin la fin d’une année cauchemardesque…
Cette saison nous aura fait longtemps souffrir, trop longtemps avant de connaître l’épilogue tant craint mais en conservant l’infime espoir d’une issue heureuse – même si cela devait constituer un miracle après une suite longtemps ininterrompue de prestations indignes des dépositaires du jeu nantais, surtout durant l’intermède Kantari alors qu’il avait bénéficié, lui, de recrues compétitives et récupérait dans le même temps quelques joueurs cadres qui étaient en soins durant la période Castro.
Il ne reste plus qu’à attendre les premières décisions organisationnelles, économiques et sportives de W. Kita pour savoir ce qu’il va nous proposer la saison prochaine. Un coach et un effectif pour viser essentiellement la remontée directe ou un coach s’inscrivant dans un projet sportif ambitieux pour faire oublier ses 19 premières saisons à la tête du club ? Sa récente interview, il y a 2 semaines, laisse peu d’espoir d’une éventuelle remise en question de ses choix et de ceux de son fils. Mais après avoir longtemps rêvé à un improbable maintien, permettons-nous de rêver à la naissance d’une étincelle de lucidité dans l’esprit d’un être pédant, sûr de lui et peu enclin à l’autocritique…
(*) Sauf si la DNCG ne permettait pas à un club de l’élite de démarrer la saison 2026-2027.
Le verdict est tombé et forcé De vivre depuis plusieurs années la même saison à flirter avec là relégations il fallait bien que la pièce tombe à un moment où un autre du mauvais côté.
Une menace peut devenir une opportunité si la lucidité consiste à se poser les bonnes questions et enfin s’inscrire dans un vrai projet de reconstruction
Pas sûr que la famille Kita s’engage dans un vrai diagnostic et dans l’ambition de bâtir enfin une vraie stratégie à l’image de ce que peuvent avec brio des clubs tels que Angers, Brest, Auxerre et Le Havre. Sans parler de Lorient pour ne être trop «ambitieux ». De qui peut venir la prise de conscience d’une rupture avec cette histoire sans fin qui va finir par nous dégoûter de ce club que nous aimons tant. Il est grand temps que les supporters soient enfin écoutés !!!