- Photo : Bruno Ignace Barbé
Le championnat de football féminin a pour particularité, depuis la saison 2023/2024, de se conclure par un supplément portant le nom de play-offs. Les quatre premières équipes du classement final disputent des demi-finales dont les vainqueurs se retrouvent en finale. Un match pour la troisième place avait été disputé lors de la mise en place de cette formule mais a été abandonné depuis.
Relancer l’intérêt d’un championnat trop écrasé
Le titre de champion de France est donc attribué au vainqueur de la finale, sans que soient pris en compte l’ensemble de ses résultats en saison régulière. Le seul petit avantage du classement réside dans le fait que chaque rencontre des play-offs est disputée sur le terrain de l’équipe la mieux classée à l’issue de la saison régulière.
Quel avantage présente la formule des play-offs ? Loin de toute considération sportive, le but est de relancer artificiellement la saison quand l’intérêt de la saison régulière s’est éteint en raison d’une domination trop forte. C’est bien le cas du championnat de France féminin, outrageusement dominé par les Lyonnaises avec 18 titres sur les 19 dernières saisons, 11 points d’avance sur le deuxième en 2024, 10 en 2025 et 12 en 2026…
Avec les play-offs, les organisateurs espèrent secrètement voir les leaders perdre le bénéfice d’une saison sur un match couperet. L’ironie a voulu que l’idée ait été apportée par Jean-Michel Aulas, ancien président de l’OL devenu patron de la Ligue féminine. Le stratagème n’a toutefois pas encore bien fonctionné. Lors des deux premières éditions où ils ont été institués, les play-offs ont été remportés par l’équipe vainqueure de la saison régulière.
Perdre en une rencontre tout le bénéfice d’une saison
L’époque veut que la logique sportive cède le pas aux impératifs de spectacle. Un match à élimination directe se vend mieux aux chaînes de télévision et permet de capter un public plus nombreux. Toutefois, bien que vainqueur de la première édition du genre, l’entraîneur lyonnais de l’époque Vincent Ponsot avait contesté la pratique des play-offs, qu’il estimait “ni culturel, ni juste en termes de mérite”.
On est bien d’accord. Les play-offs ruinent l’esprit d’un championnat, lequel récompense traditionnellement l’équipe la plus régulière. Le football français vit depuis de longues années sur deux épreuves parallèles et parfaitement antinomiques : le Championnat et la Coupe. Le système des play-offs n’est finalement qu’une formule bâtarde qui cherche à capter les avantages des deux autres.
La contestation de la formule des play-offs sur le championnat féminin a d’ailleurs contraint les organisateurs à modifier les règlements histoire de ménager la chèvre et le chou. En 2023/2024, les play-offs donnaient à leur vainqueur le titre de champion et aux deux suivants les places pour la Ligue des Championnes, d’où la nécessité d’un match pour la troisième place. La saison suivante, en 2024/2025, les play-offs ont juste pour fonction d’attribuer le titre de champion. Les places pour l’Europe restent définies par le classement de la saison régulière. Le match pour la troisième place est donc supprimé, faute d’intérêt.
Une nuance est apportée cette saison où le vainqueur des play-offs est sacré champion de France et gagne un ticket pour la Ligue des championnes, les deux autres étant attribuées aux deux autres équipes les mieux classées en saison régulière. Le principal enjeu se trouve là : le PSG pourrait perdre la place européenne si le FC Nantes venait à remporter ces play-offs.
Et pourquoi pas la Ligue 1 ?
Pourra-t-on voir les play-off se généraliser ? En France, le championnat de rugby fonctionne en deux temps depuis son origine et ouvre les play-offs aux six équipes les mieux classées. L’ovale a ainsi forgé une tradition qu’il aurait tort de remettre en cause aujourd’hui. Tout récemment, la Ligue nationale de handball a cédé à la tentation, alors que le Paris Saint-Germain est sur le point de remporter son douzième titre consécutif. Cette révolution pourrait certes favoriser les desseins du HBC Nantes mais surtout donner de mauvaises idées à d’autres Ligues.
Quid de la Ligue 1 masculine, par exemple ? L’écrasante domination du PSG cette dernière décennie a probablement donné l’idée à des dirigeants toujours enclins à mieux vendre leur produit. Malgré quatre-vingt-dix ans de tradition, le risque reste donc bien présent. Certains championnats voisins, comme la Belgique, l’ont déjà adopté.
PS : Il va sans dire que l’auteur de ces lignes se réserve le droit de changer d’avis en cas de victoire des Nantaises à l’issue des play-offs.
- Merci à Jacques Bricard pour les précisions.
2 Commentaires
Effectivement, remettre en cause les deux premières places et surtout la première, alors qu’elles ont été acquises légitimement et parfois péniblement grâce à un projet sportif cohérent et au gros investissement tout au long de la saison des joueurs(ses) à l’entrainement et lors des matchs officiels, semble tout à fait injuste et est susceptible de dissuader les meilleurs clubs de se battre à chaque match pour la première place, dès lors que se maintenir dans le Top 4 devient suffisant pour pouvoir décrocher le titre et les places européennes.
A la rigueur, on pourrait concevoir que le club finissant premier à l’issue de la dernière journée de championnat, soit contraint de disputer une finale (ou un play-off) dans le cas où il n’a jamais réussi à battre le second lors des confrontations directes au cours de la saison régulière, ou dans le cas très rare où deux clubs se retrouvent premiers ex aequo et qu’aucun des deux n’a réussi à battre l’autre lors de leurs confrontations directes.
Multiplier les matchs pour faire de l’audience TV où attirer du public dans les stades est envisageable dès lors que la santé physique et mentale des joueurs(ses) n’est pas remise en cause par des cadences trop élevées et que le résultat n’a pas pour effet (pervers) de sanctionner injustement les équipes les plus méritantes au sens sportif du terme.
En l’occurrence, même si le club de l’OL Lyonnes dispose de moyens supérieurs à 80% des autres clubs d’Arkéma, je comprendrais tout à fait que les joueuses et leurs dirigeants soient écoeurés si suite à des faits de jeu contraires, elles échouaient en play-offs alors qu’elles ont dominé outrageusement leur championnat.
Le sprint final aurait-il été différent pour les Nantaises sans les Play-off cette saison ? Je ne le crois pas : elles ont été très motivées pour la 4ème place, mais elles étaient encore dans le match avant l’avant dernière journée (avant Lyon) pour les 2ème et 3ème place, donc elles auraient eu la même motivation. Pour elles, c’est surtout un match de gala en plus.
Par contre, ce qui est un peu inquiétant, c’est le début de malédiction qui frappe la 4ème équipe des PO : en 2023-2024, Reims termine 4ème et est reléguée un an an plus tard en 2025 à la dernière seconde de la dernière journée contre Strasbourg ; en 2024-2025, Dijon termine 4ème et risque de disparaitre un an plus tard dans quelques semaines. Cette saison, Nantes termine 4ème ; à cause de la descente en Ligue 2, les infrastructures dédiées aux joueuses pas au niveau (3 sites d’entrainements, salle de soin, de visio et de préparation physique dans des préfabriqués) et l’éclatante réussite de son coach, celui-ci va partir et de nombreuses joueuses en fin de contrat avec lui (ce que je peux comprendre) ; donc la saison prochaine risque d’être très très compliquée. Sans compter le départ de Michel Valin l’historique secrétaire général de l’Association FC Nantes, les KITA ne risquent ils pas de mettre leur nez dedans et de tout foutre en l’air, la seule entité qui fonctionne normalement ?