- Photo : Alain Jarnoux
Il laisse le club là où il l’a trouvé. Embourbé en Ligue 2. Entre-temps, presque vingt ans se sont écoulés. À quelques semaines près, l’entraîneur eut été identique. Un comble quand on sait que la durée de vie moyenne d’un coach sous sa gouvernance n’a pas excédé une saison.
Dix-neuf ans de présidence, une longévité sans précédent à la tête du FC Nantes. Un temps long qui aurait pu permettre la mise en place d’une stratégie claire, d’un modèle fort et durable. Il n’en fut rien.
La valse des entraîneurs, indicateur irréfutable d’une gestion à la petite semaine
Aucun des entraîneurs passés sur les bords de l’Erdre depuis 2007 n’aura connu une relation apaisée avec l’homme d’affaires franco-polonais. Aucun n’est parti en bons termes. Seulement deux furent prolongés. Conceição qui partira finalement de son propre chef après quelques mois à la tête des Canaris et Der Zakarian en 2014 dans la foulée d’une montée et d’une première saison en L1 convaincante.
Au-delà des noms, les profils interrogent. Ce fut un yo-yo permanent entre jeunes entraîneurs ambitieux qu’on vire à la moindre contre-performance et vieux loups de mer censés sauver la patrie. Aucune logique, mais des indemnités de licenciement à n’en plus finir. Quel point commun entre René Girard et Pierre Aristouy ? Entre Raymond Domenech et Luis Castro ? Entre Antoine Kombouaré et Miguel Cardoso ? Un casting sans queue ni tête à l’image d’un président lunatique aux idées confuses.
Pas de direction sportive, pas de résultats
Forcément ce turnover frénétique n’est pas sans conséquences. Chaque technicien ayant ses volontés, la liste des départs et des arrivées côté joueurs s’est allongée à n’en plus finir.
Pire encore, préférant miser sur son propre réseau et désireux de trouver une place au fiston, jamais il n’envisagea d’embaucher un directeur sportif. Mal lui en a pris. Des transferts à n’en plus finir et une équipe sans cesse renouvelée au gré des propositions d’agents pas toujours recommandables.
La liste des échecs cuisants est interminable. Entre ici Douglao, Graavgard, Adryan, Sigþórsson, Klasnic, Babovic, Cana, Limbombe, Emond et j’en passe.
Celle des réussites, réduite à peau de chagrin : Blas, Diego Carlos, Kolo Muani, Sala, Djordjevic et Thomasson. C’est à peu près tout et rares sont ceux qui ont été vendus à un prix en adéquation avec leurs qualités.
La formation au point mort
Dans cette atmosphère pesante et en étant bien souvent à la traîne au classement, difficile de lancer les jeunes au front. Seuls les plus téméraires parviendront à sortir la tête haute de ce marasme. Coucou Veretout, allô Rongier, ola Dubois, eh oh Zézé.
Un contexte nauséabond et des relations souvent froides entre entraîneur et éducateurs peu propices à l’éclosion de jeunes talents. Le dernier mercato en date aura fini de démontrer que la présidence ne voyait en la Jonelière qu’un moyen de faire rentrer quelques billets. Guirassy et Deuff en sont la preuve. Tati aussi, même si la direction a cru bon de spéculer.
La Coupe et puis c’est tout
Côté résultats, rien ne va. Une montée en 2008 sur les cendres de la direction sportive précédente suivie d’une descente immédiate. Quatre années à végéter en Ligue 2 puis une nouvelle montée. Quelques frissons mais surtout pas mal de déceptions et de saisons sans histoire jusqu’en 2022.
Sans que l’on sache encore trop pourquoi les planètes se sont alignées. Un coach revanchard, Kombouaré, et des joueurs qui se révèlent. Kolo Muani devant, Blas à la mène, Girotto en garde fou. La mayonnaise prend le temps d’un printemps.
Mais Nantes ne capitalise pas et année après année se rapproche du précipice. Les Canaris ont fini par tomber dans le ravin en mai dernier au grand dam des supporters avec lesquels le président ne s’est jamais compris.
La relation avec les supporters : catastrophique
Dès les premiers mois, l’affaire était entendue. Prêt à en venir aux mains avec des supporters jaunes et verts un soir de finale de Coupe Gambardella sur le parvis du Stade de France en 2009, Waldemar n’a jamais su s’y prendre. Le mépris est réciproque et les lubies du président n’ont pas aidé.
Son nouveau stade, personne n’en voulait sauf lui. Là encore, il a fait fausse route, défendant mordicus un projet clivant à l’encontre de la culture du club. Son absence de la Jonelière lui a été reprochée à maintes reprises sans que cela ne change quoi que ce soit. Ses relations tendues avec la plupart des locaux, anciens grands joueurs compris, furent aussi une plaie tenace.
S’il répète à qui veut l’entendre que le club lui a coûté bonbon, jamais il ne semble s’être posé la question du pourquoi de ce déficit chronique et structurel. Coupable et victime de la situation, faire son autocritique n’est pas de son vocabulaire.
Il aura fallu une somme de saisons calamiteuses, une descente plus que méritée et une fracture plus que consommée avec le public nantais pour qu’il songe à céder le FCN. Un règne tristement Kitastrophique.
4 Commentaires
Est-ce la fin de la séquestration ?
Hélas, rien n’est moins sûre.
Excellente synthèse des 19 ans de l’ère Kita !
Maintenant, nous n’avons plus qu’à espérer que, conformément à la nouvelle loi relative au Sport professionnel, promulguée le 3 août dernier, la DNCG réalise une étude approfondie du projet de rachat présenté par Tavares, en faisant preuve de la rigueur nécessaire et prenne toutes ses responsabilités afin que nous, les supporters, ne buvions pas le calice jusqu’à la lie lors des prochains mois.
Le risque est réel et les conséquences pourraient être bien pires que ce que nous avons subi durant ce règne « kitastrophique » et interminable.
Très bon article qui malheureusement ne peut que nous frustrer d’avoir vécu deux décennies de galère.
La DNCG va certainement être attentive à la situation du repreneur car elle a appris beaucoup au contact de John Textor et de Gérard Lopez. Nous savons aujourd’hui que la solvabilité à court terme n’est pas suffisante pour assurer un avenir à un club et qu’il faut que le repreneur puisse être en mesure de proposer un plan sur trois ans pour que l’opération soit viable. Ce nouveau projet à hauteur de 125 millions pour la reprise ne parvient pas à rassurer dans l’immédiat.
Constat édifiant et sans surprise que ce long réquisitoire sur le Monsieur qui gouverne seul.
Kita a sans doute confondu la gestion d’une entreprise avec la gouvernance d’un club de foot qui, quoi qu’il en dise n’appartient à personne [même s’il en est le propriétaire] ou plutôt, à tout le monde, dans un environnement très marqué par l’Histoire et ses coachs légendaires.
C’est là qu’il a péché peut être … par orgueil, vanité, suffisance ou mépris d’une population qui aime le foot et son club et de qui il ne s’est jamais rapproché. Gouverner à distance, loin de Nantes, ne lui a pas été pardonné. S’adjoindre les faveurs de son fils dont on n’a jamais su comprendre le vrai rôle ni les vrais compétences ne l’a pas servi. Il n’est jamais descendu de son baobab de certitudes emberlificoté dans une solitude totale, à géométrie variable, sacrifiant ses coachs les uns après les autres avec une légèreté presque méthodique et impardonnable. Il s’est accroché à son bastingage en pensant réussir seul et contre tous.
Moi ou le chaos …
« Je donne les sous, j’ai donc tous les droits » !
Pourtant tout a volé en éclat et les supporters ne lui ont pas pardonné cette suffisance hiératique dont il faisait preuve et cette obstination presque maléfique à renverser la table. Combien de joueurs ajoutés à ses effectifs avec une frénésie maladive et compulsive sans soucis de complémentarité dans le choix des hommes, sans tenir compte du style de jeu, de l’état d’esprit, des demandes de ses multiples entraineurs. Pourquoi mais, pourquoi ?
Certes, on ne peut pas tout mettre sur le dos de Mr K ; le début de la descente aux enfers remonte à l’époque Dassault_Gripond_Roussillon qui ont décidé de mettre un coup de pied dans la fourmilière Nanto Nantaises en recrutant des noms sonnants et trébuchants, qui a précipité une vraie cassure dans l’édifice déjà fissuré et mis à mal un pan de l’Histoire du club. Fini l’époque glorieuse, vive les incertitudes et les folies en tout genre. Il a mis, bien sûr, beaucoup d’argent dans l’escarcelle sans quoi, on serait sans doute on ne sait pas trop où. La fin justifie t’elle les moyens, cependant ?
Reste l’impression qu’il a pris le temps de démonter méthodiquement, avec une sévère dose de pragmatisme, tous les rouages d’une organisation qui a fonctionné en son temps mais qui s’est lézardée au point de tomber pour se relever on ne sait trop comment. Il s’est mis un peu tout le monde à dos [anciens joueurs avec qui il s’est fâché, la Municipalité qui a peu gouté à ses frasques, des rapports délicats avec les supporters & propos provocateurs et souvent maladroits avec les journalistes et la Presse en général] s’est refusé à mettre en place un organigramme sportif cohérent, a snobé l’aide de grands anciens, joué à la roulette russe avec ses entraineurs qu’il a plutôt maltraité et minimisé la valeur de la formation réduite à sa plus simple expression.
Il aurait pu comme son voisin Pinault resté dans son rôle de « financeur ou de sponsor » sans se répandre en provocations en tout genre, fustigeant les uns et les autres avec cette kyrielle de persiflages dont il s’affuble dès que les divergences naissent et qui constituent malheureusement son ADN.
Tu aurais pu faire plus simple Waldemar, et rien de tout cela ne se serait produit. Pourquoi avoir voulu faire le malin de cette manière au risque de basculer dans la chute et nous proposer un avenir pour le moins incertain. Tu ferais mieux de protéger ton argent qu’il va être difficile de récupérer plus que te lancer dans une folle sarabande très incertaine avec d’improbables acheteurs peu soucieux de l’objet du délit.
Installe Franck à Londres et délègue la sphère sportive à une équipe compétente sans mettre ton nez dans un domaine qui nécessite de la virtuosité et du savoir faire.
C’est ça le sport, prendre du recul pour bien rebondir. Tu verras, tout ira mieux et on retrouvera de la cohérence et nous de l’espoir, enfin,
… je rêve et me disperse un peu, je le concède.