Pour un fan du football nantais, plus sans doute que pour n’importe quel autre, Geoffroy-Guichard mérite bien son appellation de chaudron tant, parfois, il y a vécu l’enfer, tant quelques-unes de ses illusions y ont été consumées, ce qui, pourtant, ne signifie pas que les Canaris n’y ont vécu que des moments tristes. Au contraire.
Marcos hurle de douleur mais Nantes gagne
Entrer à Geoffroy-Guichard, c’est d’ailleurs sans doute, d’abord, réentendre le cri de douleur d’Angel Marcos, abattu par un tacle assassin d’Alain Merchadier un soir de mars 1973.
Jamais le goleador argentin ne se releva vraiment de ce mauvais coup, il rejoua mais il ne fut plus qu’une ombre. Pourtant, ce même soir, alors que Marcos avait quitté le terrain et souffrait la martyr, les Canaris enlevèrent un succès magistral, 2-1 (buts de Gilles Rampillon et de Claude Arribas), qui les mit véritablement sur l’orbite les menant à leur troisième titre de champion de France.

Larmes et rires : Geoffroy-Guichard pouvait donc être, aussi, source de joie. Ce n’était pas le stade élégant d’aujourd’hui dont la silhouette imposante se détache sur le bord de l’autoroute de Lyon, mais une enceinte austère plantée au milieu des usines dont les cheminées crachaient des fumées qu’un vent mauvais poussait parfois jusqu’au ras de la pelouse.
Dans ce décor, froid comme un soir d’hiver en Forez, les Nantais avaient déjà eu l’occasion de glacer le cœur des supporteurs locaux quand, par exemple, ils étaient venus troubler leur marche victorieuse vers le titre de champion de deuxième division 1963. Ou lorsqu’ils avaient remporté deux succès inattendus en 1970. Le premier à l’occasion de la dernière journée du championnat 1969-70, le second lors de la première journée de la saison suivante. A chaque fois sur le même score, 3-2. Les deux coups eussent été parfaits s’ils n’étaient survenus juste après une finale de Coupe de France dont le souvenir, 5-0 pour les Verts, reste une cicatrice cuisante pour les Jaunes.
Bossis blessé, Michel invité à chanter
On peut donc rire, on peut donc pleurer à Saint-Etienne. Il peut aussi neiger et c’est sur terrain recouvert d’un épais manteau blanc que les deux équipes engagèrent les débats un dimanche après-midi de décembre 1976. Un public incandescent, chauvinisme à fleur de peau, poussa ses joueurs à commettre quelques exactions dont Bossis fut l’une des victimes. Le grand Max quitta l’aire de jeu en grimaçant, porté par les soigneurs car il ne marchait plus que sur une jambe. Son tibia droit était fracturé, il lui fallut trois mois pour se rétablir. Saint-Etienne gagna 2-0 et durant les dernières minutes les spectateurs scandèrent « Michel une chanson ! Michel une chanson !« . Le capitaine nantais ne broncha pas, son équipe conservait 7 longueurs d’avance sur sa rivale et le printemps suivant c’est elle qui fut sacrée championne de France.

En fait de chanson, c’est dans le chaudron forézien, évidemment, que naquit le fameux « Cui-cui-cui les Canaris sont cuits« . Il retentit plus fort que jamais lors de la demi-finale retour de la Coupe de France 1977. Les Jaunes avaient remporté la première manche 3-0 mais les dirigeants foréziens, Rocher et Garonnaire surtout, conditionnèrent l’arbitre avant la rencontre et comme en ce temps-là on savait très bien recevoir les hommes en noir à Saint-Etienne, on se demandera toujours pourquoi Marcel Kitadjian _ qui s’était déjà fâcheusement illustré en avantageant le Bayern Munich contre Leeds lors d’une finale de Coupe d’Europe au Parc des Princes, refusa dès la 5e minute un but à Eric Pécout. Il paraissait tout à fait valable, l’arbitre décréta qu’il y avait hors-jeu.
Or, s’il avait été accordé les Jaunes auraient alors compté quatre buts d’avance. Et ils auraient sans doute moins paniqué sous les assauts adverses, agrémentés souvent de charges qui firent croire que Kitadjian était devenu aveugle puisqu’il ne les sanctionnait pas. Les Nantais finirent par craquer, les Stéphanois marquèrent les trois buts qu’il leur fallait pour se remettre à flots et ils arrachèrent la qualification, 5-1, durant les prolongations. Jean Vincent entra dans une colère noire : « Rien n’a été régulier ce soir, s’exclama-t-il. Nous n’avons même pas pu nous échauffer correctement tellement les pierres et les crachats nous tombaient dessus« . Discrètement, Garonnaire l’écoutait se plaindre en arborant un sourire ironique : « Il faudra une ambiance Coupe d’Europe » avait-il demandé aux spectateurs. Les Canaris avaient été servis, au-delà de ses espérances.
Ouédec marque, Landreau surnage et Payet ne fait que passer
Mais il arrive aussi que la météo soit au beau fixe à Saint-Etienne, la température était même caniculaire en mai 1993, lors d’une demi-finale de Coupe de France se disputant sur un seul match. Geoffroy-Guichard, cette fois, était une étuve et les deux équipes, en manque d’oxygène, eurent du mal à enflammer la partie. Elles semblaient même se diriger vers les prolongations lorsque Nicolas Ouédec décocha d’une vingtaine de mètres un shoot qui fit mouche. Il restait neuf minutes et elles furent interminables pour Jean-Claude Suaudeau et Georges Eo qui, devant leur banc, trépignaient d’impatience.
Sept ans après, en août 2000, ce sont des cordes qui s’abattirent sur le Forez. Un orage violent, survenu en fin d’après-midi avait transformé la pelouse en piscine et Mickaël Landreau, cheveux collés sur le front, maillot détrempé, dut se transformer en maitre-nageur pour éviter le pire. Il sauva les meubles, Monterrubio et Sibierski marquèrent les deux buts qui les firent reluire et, mine de rien, les trois points acquis ce soir-là permirent aux Canaris de s’installer dans le peloton de tête d’un championnat qui fut celui de leur huitième et, hélas, dernier titre.
Leur première descente survint en 2007. Ils s’étaient déplacés à Saint-Etienne en avril, ils avaient perdu, 2-1. Michel Der Zakarian, qui ne maîtrisait plus grand-chose s’était offert une petite excentricité. Il avait fait entrer Dimitri Payet à la 62e minute à la place de Vainqueur mais estimant qu’il prenait l’affaire un peu par-dessus la jambe, il l’avait éjecté 18 minutes plus tard pour lancer Keserü dans le bain. Payet était encore très jeune, la suite a prouvé qu’un peu de plomb dans la tête ne pouvait pas lui faire de mal. Il reste que, sur le coup, la manœuvre parut manquer de psychologie. En tout cas, elle s’avéra vaine.
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