- Photo : Richard Coudrais
Un match de Coupe de France n’est, mathématiquement, d’aucune utilité dans une course au maintien. Toutefois, chaque tour passé dans l’épreuve reine du football français renforce la cohésion d’un groupe et l’enthousiasme des supporters.
Sommet des clubs en crise
Après avoir brillamment sorti les Bretons de Concarneau juste avant la trêve, les Canaris de Ahmed Kantari sont opposés, pour les seizièmes de finale, à une équipe qui leur est en apparence supérieure, l’OGC Nice. En apparence seulement car le club azuréen n’est pas au mieux non plus puisqu’il pointe à la quatorzième place du classement de Ligue 1, à quatre petites longueurs du FC Nantes. Lui aussi y a été de sa petite crise et de son changement d’entraîneur, Claude Puel effectuant son retour après l’éviction, pendant les fêtes, de Franck Haise.
La Coupe de France n’étant plus populaire que dans l’esprit de ses responsables marketing, c’est sur une chaîne payante qu’est diffusée la rencontre, donnant aux résistants du football business le goût retrouvé des matchs commentés à la radio. C’est donc par le prisme des commentaires de Marius Delaunay et Guillaume Baret (Ici Loire Océan) que nous vivons cette rencontre.
L’entraîneur de Nantes a choisi de se passer de deux joueurs importants, Anthony Lopes et Mathis Abline, remplacés à leurs postes respectifs par Patrik Carlgren et Junior Koné. Ce dernier se procure d’entrée une première occasion mais ne trouve pas le cadre.
De bonnes ondes
Suivre une rencontre à la radio, c’est laisser l’imagination produire les images du match sans se soucier des droits d’exploitation. C’est se fabriquer des ralentis sur mesure sur les actions que détaille le commentateur. Mais c’est aussi un coup de massue terrible quand il annonce, froidement, le but de l’adversaire. Un centre de Jonathan Clauss repris par Sofiane Diop. On n’en sait pas plus. Marius Delaunay exprime son sentiment d’injustice. Un but contre le cours du jeu.
Nantes est mené 0-1 à la pause et ce n’est pas une vieillerie de Bonnie Tyler qui nous remonte le moral. Que devient-elle, d’ailleurs, cette grande chanteuse ?
La deuxième mi-temps reprend aussitôt après les pubs et très vite les Nantais remettent les choses à l’endroit. On sent le coup venir au fur et à mesure que la voix du commentateur s’enflamme, s’égosille, s’enroue, monte dans les aigus… Le poste vibre quand il hurle un “Buuut !” qu’il voudrait aussi puissant qu’un “Gooool !” sud-américain. Bahereba Guirassy a marqué ! Difficile de dire comment, mais l’important n’est pas là. Nantes a égalisé. Nantes ne laisse pas échapper le match. Au contraire, il se l’approprie.
Brelan d’as
Les Canaris semblent dès lors dominer. Le commentateur a la voix claire et le ton chaleureux. Il transmet l’enthousiasme que les joueurs en jaune semblent mettre dans la partie. Il annonce l’artillerie lourde : Ahmed Kantari a décidé d’appuyer très fort en faisant entrer d’un coup d’un seul Abline, Machado et El-Arabi (à la place de Guirassy, Tatie et Koné). Brelan d’as.
Ce genre de manœuvre est fait pour rassurer l’auditeur radio. L’équipe a plus fière allure quand sont énoncés des noms qui fleurent bon l’occasion de but ou le recrutement d’envergure. Mais privé d’images alors que le match entre dans sa phase la plus intense, l’auditeur radio commence à sentir un manque. On peut lui assurer que son équipe joue bien, l’angoisse est là, présente, en sentinelle pour empêcher tout excès d’optimisme.
Celui-ci s’effondre lorsque le commentateur annonce un penalty pour l’adversaire. Eric Wattellier, c’est le nom de l’arbitre, intervient pour une faute de Junior Mwanga sur le dénommé Louchet. Là où devant la TV on chipote sur la nature de la faute et sur sa légitimité à déclencher un tir au but, la radio permet d’accepter la décision. Elle ne propose pas de ralenti. On passe directement à l’étape suivante, celle des prières pour le gardien de but.
Histoire de pénos
Un hurlement joyeux de Marius Delaunay nous fait comprendre l’exploit : Carlgren a repoussé le penalty. Ou l’a arrêté, ou détourné, peu importe. Le score reste nul 1-1. Cette fois, il ne peut plus rien arrêter à nos Canaris. Tous les feux sont au vert. Les Nantais semblent se procurer plusieurs occasions, mais le score reste nul jusqu’à la fin.
Le football moderne bannit peu à peu ce qui a souvent constitué dans le passé quelques morceaux de légende : la prolongation. On n’a plus le temps. Nos joueurs sur-sollicités par un calendrier démentiel n’ont plus envie de risquer une blessure pendant les heures supplémentaires.
On passe donc directement aux tirs au but. Tant mieux pour la santé des joueurs. Et tant pis pour les nerfs des supporters. L’exercice a beau s’être généralisé depuis trois décennies, cela reste un moment insupportable. Y compris à la radio.
Revanche des Aiglons
Abline marque, mais El-Arabi se loupe. L’angoisse monte d’un cran. Carlgren plonge du bon côté, mais ne parvient pas à renouveler son exploit du temps réglementaire. Nice ne manque aucun penalty. Défaite 5/3. Les Aiglons ont pris la revanche de leurs aînés de 2022.
La Coupe de France est une épreuve tellement aléatoire que la déception s’estompe rapidement. L’important c’est le championnat. Marius Delaunay assure que cette équipe de Nantes, malgré la défaite, a produit des choses intéressantes. On peut compter sur elle pour assurer le maintien. Sur ces mots rassurants, j’ai éteint la radio.
- Les infos du match Nantes-Nice 1-1 (3/5) sur le site histoiredufcn.fr
Publier un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.