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Un quart de finale européen à Nantes, voilà qui n’est pas courant. Avant ce 19 mars 1986, la Cité des Ducs n’en a abrité qu’un seul, six ans plus tôt jour pour jour, le 19 mars 1980, quand le Dynamo Moscou avait tenté d’empêcher le FC Nantes d’Henri Michel et José Touré de poursuivre son épopée en Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupes. 

Mission: impossible

En ce printemps 1986, quand Nantes reçoit l’Inter Milan au stade de la Beaujoire, la situation est bien mal embarquée. Quinze jours plus tôt lors du match aller à San Siro, les hommes de Jean-Claude Suaudeau ont concédé un cinglant 3-0. Le nom des buteurs donne un aperçu de la qualité de l’effectif interiste : Sandro Altobelli, Marco Tardelli et l’Allemand Karl-Heinz Rummenigge. Ce n’est pas la première fois que Nantes croise la route du grand club interiste. Au début de la saison 1980/1981, le club milanais était venu s’imposer à Saupin et Altobelli avait déjà marqué. 

Pour rattraper un 3-0 en Coupe d’Europe, il n’y  pas beaucoup d’alternatives. Il faut attaquer et attaquer encore, quitte à prendre des risques. Les joueurs de Suaudeau vont donc s’y employer dans un stade de la Beaujoire plein comme un œuf, où le public brandit les briquets allumés qu’a distribués le sponsor à l’entrée du stade. L’ambiance est volcanique : des “Olé !” résonnent dès les premières passes entre Canaris, en référence à la fin du match aller où le public italien avait sévèrement chambré les joueurs nantais. 

Sur un long ballon de Pierre Morice, Yvon Le Roux reprend de la tête en direction de Vahid Halilhodzic. Le buteur yougoslave reprend de volée malgré le marquage de Collovati, mais sa frappe heurte le poteau. Plus tard, sur un centre d’Antoine Kombouaré, José Touré tente un retourné spectaculaire que le gardien Zenga parvient à arrêter. Le match est lancé sur un rythme d’enfer. A la neuvième minute, sur un coup franc de Pierre Morice, Michel Der Zakarian, le libéro avancé, reprend rageusement le ballon de la tête et ouvre le score. 

Altobelli marque toujours contre Nantes

Les Nantais semblent décidés à refaire leur retard dès la première mi-temps. Kombouaré reprend à son tour un coup franc de Morice, mais sa reprise de la tête est trop piquée : le ballon rebondit devant le gardien qui parvient ensuite à la capter. Les Italiens ne perdent pas le fil du match pour autant. Ils procèdent par de rapides contre-attaques, la défense nantaise étant souvent dégarnie. Jean-Paul Bertrand-Demanes lui-même est obligé de monter très haut pour dégager les ballons chauds. Sur l’un d’eux, il percute Altobelli. Le carton jaune qu’il reçoit aurait certainement été rouge de nos jours. 

L’Inter démontre sa légendaire habileté aux contre-attaque et fait passer quelques sueurs froides au public nantais. Sur l’une d’elle, à la demi-heure de jeu, Altobelli parvient à égaliser, d’une curieuse reprise dos au but. En quatre matchs européens contre Nantes, l’attaquant italien a marqué à chaque fois. 

Cette égalisation a refroidi le stade mais elle n’altère pas la volonté des Nantais. Touré, comme ses coéquipiers, se bat comme un fou. Il court, il dribble, il esquive les tacles, mais il ne peut éviter un coup porté sur son genou par l’Italien Baresi (non pas la future vedette de l’AC Milan, mais son frère aîné Giuseppe, moins talentueux et plutôt dévoué aux tâches ingrates). 

Folie douce à la Beaujoire

Cinq minutes à peine après le but d’Altobelli, Vahid reçoit un ballon de Der Zakarian dans la surface, mais il est accroché par son garde du corps Collovati. C’est le penalty que Vahid transforme lui-même, en force, alors que Zenga a plongé du bon côté.

Les Nantais poursuivent sur leur rythme effréné. A cinq minutes de la mi-temps, Der Zakarian tente un tir de loin. Walter Zenga repousse mais Le Roux a suivi et reprend de la tête. Nantes mène 3-1 à la pause. L’exploit est en route.

En seconde période, la partie reprend avec la même folie douce qu’en première mi-temps. Après cinq minutes, Morice envoie un long centre aérien vers l’entrée de la surface de réparation. Touré s’élève à la lutte avec un adversaire. Il touche le ballon de la tête mais ne le maîtrise pas. Il retombe brutalement sur sa jambe gauche et il l’entend craquer. José s’écroule au sol et se tord de douleur. 

Quand soudain, tout s’arrêta

Le jeu se poursuit de l’autre côté du terrain. Les Italiens se sont portés à l’attaque. Sur l’aile gauche, le dénommé Fanna commet un tacle par derrière sur Kombouaré. La faute met Der Zakarian dans une colère folle. Le défenseur nantais vient découper l’attaquant italien d’un tacle rageur. L’arbitre suisse, Bruno Galler, brandit aussitôt le carton rouge. De l’autre côté du terrain, les soigneurs ont accouru vers José toujours au sol. Le kiné constate les dégâts et fait signe au banc. José se relève difficilement et sort du terrain sur une jambe, soutenu par les soigneurs. Rarement on a connu un tel sentiment de désolation de part et d’autre de la pelouse. 

Les Nantais doivent poursuivre le match à dix. Les joueurs de l’Inter reprennent les choses en main. Brady lance Altobelli seul vers le but. Bracigliano retient l’attaquant italien par le maillot. Même si la faute est en dehors de la surface de réparation, l’arbitre accorde un penalty. Les Nantais peuvent bien contester, ils savent qu’ils ont perdu la partie. C’est Brady qui transforme le penalty. L’Inter marque un troisième but par l’inévitable Altobelli.

Le stade de la Beaujoire est silencieux. Le public a compris que l’exploit attendu n’aura pas lieu. La deuxième grande épopée européenne du FC Nantes, qui avait notamment vu les Canaris tomber le Partizan Belgrade et le Spartak Moscou, s’arrête en quart de finale de la Coupe de l’UEFA. Les témoins de cette rencontre en garderont longtemps le souvenir comme une plaie ouverte.